Alyah 2016 : Du pareil au même ou différent ?

Tout le monde en parle et ce n’est plus un secret pour personne : les Juifs de France sont tiraillés entre rester vivre en France sur leur terre d’accueil, ou émigrer en Israël vers la terre des Juifs. Ainsi, le nombre de Juifs français qui font leur Alyah grandit de jour en jour et ils représentent aujourd’hui un potentiel humain, économique et politique pour les institutions liées à l’Alyah, mais également pour le gouvernement israélien.
Tout le monde parle donc des « Juifs de France ». Certains préfèrent même parler de « Français juifs. » Les premiers qui en parlent sont les responsables politiques français – qui rappellent à toutes les occasions que la France ne veut pas « perdre ses Juifs », essayant tant bien que mal de se positionner par rapport à cette question, mais donnant tour à tour l’impression de se justifier ou de se déculpabiliser.

Puis viennent les responsables de la communauté juive de France, pris au piège entre leur allégeance à la République française et leurs fidèles qui ne se sentent plus à leur place dans cette France en pleine crise identitaire.

Les Français commencent à représenter un potentiel économique et politique

Le gouvernement israélien aussi considère les « Juifs de France » comme des Israéliens potentiels et cherche à les convaincre par tous les moyens de venir participer à la croissance économique et démographique d’Israël.
Même dans la presse internationale les « Juifs de France » occupent une place à part entière. C’est la course à qui fournira le plus de statistiques sur le nombre de Juifs qui partent, ceux qui restent, ceux qui reviennent, dans quelles villes ils s’installent, etc.

Et enfin, les institutions et associations qui s’occupent d’Alyah, depuis la France ou depuis Israël, telles que : AMI, l’Organisation Sioniste Mondiale, Alyah de Groupe, le Keren Layedidout, et bien sûr l’Agence Juive, le ministère de l’Intégration et les Municipalités israéliennes. Toutes ces organisations se « disputent » le même public et surenchérissent en avantages et en accompagnements. Mais, même si elles sont toutes animées d’intentions très louables, elles n’ont pas encore réussi à s’unir pour proposer une adresse unique à ces « Juifs de France » qui ne savent plus où donner de la tête.

Une fois qu’ils sont arrivés en Israël, on ne parle plus « des Juifs de France », mais « des Français en Israël ». Une nouvelle association est apparue il y a quelques mois et a annoncé sa volonté d’améliorer l’intégration des Français en Israël après leur Alyah, en soutenant financièrement les associations qui partagent ce même objectif. Cette association, fondée par Marc Eisenberg, porte le nom de “Qualita” qui rappelle le mot « Klita » – intégration en hébreu – et qui fait allusion au mot « qualité » – pour une intégration de qualité.

Au-delà des actions de soutien de Qualita, l’exemple le plus représentatif de ce qui a été fait dernièrement pour les Français en Israël est l’aboutissement de la loi qui facilite l’obtention des diplômes pour les dentistes et des professions médicales. En effet, tout a commencé avec une lettre émouvante postée sur les réseaux sociaux par un dentiste frustré d’échouer à ses examens d’équivalence (Dr Tibi), lettre qui a été montrée par la suite au Premier ministre israélien par le député Meyer Habib et érigée en drapeau par la communauté francophone en Israël. Le destin des médecins et dentistes français en Israël a radicalement changé grâce à la pression politique qui a été menée pour voter une loi qui facilitera l’équivalence des diplômes.

De nombreux dentistes et professionnels de la santé francophones en Israël s’étaient plaints du système d’équivalence des diplômes, avec l’appui d’associations francophones. Un débat virulent entre ces associations en avait découlé pour savoir qui pouvait s’approprier le crédit d’une réussite théorique amorcée. Mais dans les faits, elle n’a été réellement concrétisée par un texte de loi que lorsque « l’Affaire Tibi » a éclaté récemment !

Dans cette affaire, les associations et les élus ont utilisé la presse et les réseaux sociaux pour faire pression sur le gouvernement israélien pour changer la loi. Ils ont prouvé par là même, que la méthode « à la française » polie, institutionnelle et organisée ne fonctionnait pas toujours et que paradoxalement, la meilleure manière d’obtenir gain de cause en Israël était de se battre et de mettre la pression sur le gouvernement. Pour arriver à “survivre” en Israël, il ne faut pas juste savoir parler l’hébreu et avoir un travail, il faut aussi connaître les règles du jeu et devenir « un des leurs ».

Les Français en Israël ne réalisent pas toujours que pour devenir un vrai Israélien il faut s’intégrer également à la mentalité israélienne et même parfois adopter l’agressivité qui va de pair. Tant que les Français en Israël continueront à parler en français, à fréquenter des francophones, à regarder la télévision française et à travailler dans des sociétés francophones, les « Juifs de France » resteront des « Français en Israël ». Ils ne deviendront pas des ISRAÉLIENS.

C’est cette mentalité israélienne qui est à l’origine de la Start-Up Nation, comme le décrivent Dan Señor et Saul Singer dans leur livre : « Israël est l’histoire d’un peuple qui défie ce qui existe et ce qui est conventionnel ». Comment font-ils ? Avec la « H’outspa » (le culot), la ténacité, la prise d’initiative et le non politiquement-correct. Ce sont ces ingrédients qui permettent de générer des idées innovantes et créatives, et qui sont à la base même du succès de la Start Up Nation dans le monde.

Alors, l’Alyah en 2016, est-ce du pareil au même, ou est-ce différent cette fois ?
La dynamique de l’Alyah reste la même au niveau personnel – les olim potentiels sont toujours animés des mêmes motivations et tiraillés par le même questionnement. Cependant, le contexte a changé : le fait que le nombre d’Olim de France ait triplé en quelques années, et que la couverture médiatique liée à l’antisémitisme en France va grandissante, éclaire d’une nouvelle lumière les événements.

Les Français en Israël attirent l’attention des associations d’Olim, mais également des partis politiques et des institutions gouvernementales israéliennes. Aux yeux des Israéliens, les Français commencent à représenter un potentiel économique, social et politique.

Cette croissance du public cible, permet l’apparition de nouveaux prestataires de services, l’obtention de plus grands budgets gouvernementaux ainsi que la professionnalisation et la spécialisation des institutions déjà en place.

Bien que l’initiative de monter un Lobby Francophone afin de défendre les intérêts des Français en Israël ait déjà été amorcée, ce n’est qu’aujourd’hui que nous mesurons les effets concrets de l’influence des Français en Israël qui ont su, avec l’aide d’associations et d’élus politiques, utiliser la presse pour faire pression sur le gouvernement afin d’arriver à leurs fins.

Tout ceci montre que l’Alyah de France se trouve à un tournant de son histoire. Une nouvelle énergie est en train de naître chez les Français qui commencent peut-être à comprendre que pour réellement s’intégrer en Israël, il faut comprendre comment fonctionnent les Israéliens et appliquer les règles du bras de fer à tous les combats que l’on mène.

Pour ma part, le vrai défi que pose la Alyah se place au-dessus des aspects politiques, sociaux et économiques – il pose la question de comment aider les Juifs de France à passer de l’inconscient collectif d’un peuple en exil, à une conscience individuelle et singulière de citoyen qui peut enfin revendiquer ses droits haut et fort, au nom de son appartenance naturelle et intrinsèque à ce pays qui est le sien.

Au-delà des peurs et des drames que nous vivons en Israël comme en France, n’oublions pas que nous vivons une époque fascinante où nous avons la chance de voir l’Histoire avec un grand H s’écrire sous nos yeux.

Nathalie Garson
nathalie.garson@entreprendre-israel.com

Article publie dans Actualité Juive du 04.02.2016

3 réponses
  1. Sebag
    Sebag dit :

    J’ai émigré il y a 7 mois et j’ai toujours respecter les règles en France, ayant une affaire de matières premières.
    Je reconnais que j’ai 70 ans et je peux vous dire qu’Israël est un pays de droit de premier ordre. Tous vos droits sont respectés. C’est à moi de m’adapter à Israël et non à Israël de s’adapter à moi.

  2. Albert Harari
    Albert Harari dit :

    De quoi parle t’on? De rester en France ou de venir en Israël, ou « comment se débrouiller quand on fait alya? »

    A mon avis la réponse est simple: les juifs n’ont qu’une seule place au monde, malgré la menace constante dans laquelle Israël vit. C’est là où le juif ne se cache pas, c’est là où le juif est aussi soldat, c’est là où le juif a réussi à construire un pays merveilleux en 70 ans…

    Maintenant Israël ce n’est pas la France, et il faut apprendre à être israélien. Je suis ici depuis 50 ans, et je suis devenu israélien… et je ne regrette rien, au contraire.

  3. Chettrit
    Chettrit dit :

    Bonjour,
    Merci de me dire si l’Alya avec le Keren Layedidout se passe bien? avez-vous des personnes dans votre entourage ou vous même qui avez fait votre Alya de France avec eux? Merci de me faire un retour de vos expériences.

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