Après les attentats, l’option de l’alya : fuite, nécessité ou idéal ?

« On offre aux Juifs de France, le mauvais médicament suite à un mauvais diagnostic» : ce constat difficile est celui de Nathalie Garson, consultante en stratégie et à la tête d’Entreprendre Israël Ltd, qui a participé à la rédaction du plan d’urgence pour l’alya de France, avec Barry Bar Tsion, Dov Maïmon et Raphy Bazilay. Ce plan d’urgence a été commandé par le gouvernement et présenté il y a quelques mois au public qui a réagi avec enthousiasme à la décision israélienne de prendre en considération les véritables besoins de l’alya française.

Pour Nathalie, qui a été chargée d’effectuer une étude sur la communauté juive de France, les groupes de discussion qu’elle a dirigés en France ainsi que les questionnaires en ligne auxquels plus de 2 500 personnes ont répondu lui ont permis d’avoir une vision plus globale, plus vraie, moins basée sur des intuitions, sur la communauté juive de France, ses enjeux et ses défis. « Je pense que le nœud du problème consiste dans une réalité toute bête : tous ceux qui ‘’pensent’’ l’alya de France sont en Israël. Il y a beaucoup de bonnes intentions, une volonté sincère d’aider les olim à s’intégrer, mais un point essentiel est occulté : le diagnostic. On offre l’alya comme on offre un médicament, alors que le malaise n’a pas été bien diagnostiqué ».

Un trauma identitaire, une solution technique

Nathalie Garson ne met pas en doute les motivations du gouvernement israélien, qui affiche une volonté sincère, mais qui « n’offre pas encore la bonne réponse ». Et de s’expliquer : « Les personnes qui s’occupent d’intégration se concentrent sur du pratique, sur du concret : équivalence de diplômes, oulpan, intégration professionnelle…  Normal, ils ont des soucis de budgets, des calculs étatiques et on ne peut pas dénigrer l’importance de ces sujets. Mais le problème n’est pas traité à la racine. Et le problème est le suivant : on apporte une solution technique à un problème identitaire, émotionnel… Le Juif de France est en désarroi, et cela, je l’ai constaté avant même Dieudonné, avant même l’Hypercacher de Vincennes. Il vit une angoisse identitaire qui l’empêche de réfléchir de manière logique. Ce qu’il souhaite, c’est de l’écoute, avant même de parler d’alya. Or, face à ce sentiment de cassure par rapport à son identité de Juif de France, la seule direction qu’ on lui indique est l’aéroport.Cela n’est pas dénigrer, mais ne suffit pas».

C’est en animant les groupes de parole que Nathalie a compris à quel point le traumatisme était grand et à quel point la bannière brandie à chaque instant de l’alya comme solution était mal vécue par certains. « Ces personnes sont à la fois fières de leur identité juive, attachées à Israël et ont déjà vécu, pour une grande partie d’entre eux, un déracinement de leur pays natal, en Afrique du Nord. Ils ont misé sur la France pour les accueillir et elles se sentent aujourd’hui trahies. Ces personnes ont le droit de se poser la question : est-ce qu’Israël est la vraie solution ?  Et même si, pour ma part, je pense sincèrement que oui, il faut les accompagner dans ce questionnement, et ne pas imposer la réponse. Il existe aujourd’hui des initiatives, comme l’Alya de groupe, qui ont compris cette problématique. C’est pourquoi elles accompagnent les olim durant l’année qui précède l’alya et leur offrent une approche spirituelle, un accompagnement dans ce dilemme ». 

Interview de Nathalie Garson publiée dans Hamodia du 21 Janvier 2015.

Nathalie Garson

CEO & Founder

Entreprendre Israël

Yazamut-Israel.com/fr/

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